L’Isle qui résiste aux sirènes de la grande distribution

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Les commerçants de la rue Carnot, au coeur de L’Isle-sur-la-Sorgue, n’ont eu besoin de personne pour accrocher des fanions au-dessus de l’artère commerçante. Et cet air de fête est à l’image de l’esprit qui règne dans la cité où le commerce de proximité est roi. Ici, on bichonne les petits commerçants et, même s’il n’y a que deux associations sur le territoire communal, les initiatives pour dynamiser le commerce de proximité sont légion. C’est une philosophie, voire un art de vivre, mais aussi une volonté politique de la municipalité de Pierre Gonzalvez, qui s’obstine à résister aux sirènes de la grande distribution.

Même si plusieurs supermarchés se sont implantés (Intermarché, Super U, Lidl), mais pour lesquels “il y a déjà eu des refus d’extension”, la commune freine des quatre fers dès qu’un projet est présenté au service de l’urbanisme. Et l’un d’eux s’est matérialisé récemment, sous la forme d’un permis de construire une surface commerciale de 900 m2, déposé mi-juillet par l’enseigne Aldi, qui n’est pas implantée à L’Isle-sur-la-Sorgue. Ni une, ni deux, la municipalité a dégainé le seul recours possible pour une commune de moins de 20 000 habitants afin de stopper la construction d’une surface commerciale de moins de 1 000 m2. 

[…]

Atypique

“Ce n’est pas un combat contre Aldi, prévient le premier magistrat. C’est notre politique municipale de préservation du centre-ville et du dynamisme de ses commerces et notamment alimentaire.” Selon lui, Aldi est dans une stratégie de développement dans les villes de moins de 20 000 habitants mais estime que “la cité est assez pourvue en surfaces commerciales, alimentaires principalement”. La commune est quelque peu atypique. “Le centre-ville de L’Isle est unique”, clame même David Albendea, technicien municipal responsable du commerce. Une particularité l’isloise “largement soulignée par la Chambre de commerce et d’industrie de Vaucluse”.

La CCI a en effet réalisé en 2015 un diagnostic qui place l’Isle-sur-la-Sorgue comme bon élève du commerce de proximité, avec 400 unités commerciales dans son centre (dont 10 % environ d’offre alimentaire) et peu voire pas de franchisés. “Nous avons décidé d’agir sur les orientations qui n’intéresseraient pas la commune”, indique le maire.

[…]

Valoriser le centre

“On raisonne au niveau micro-économique, explique le maire Pierre Gonzalvez. On s’inscrit depuis dix ans que je dirige cette ville dans la perspective de valoriser le centre-ville.”

La municipalité a “réinvesti complètement le centre-ville par des projets et des événements de valorisation patrimoniale, de culture”. À l’image de celui de la Tour d’Argent en cours de réhabilitation pour accueillir un projet patrimonial et culturel (cinéma, centre de ressources numériques et archéologique, lieu d’expos, etc.). “Nous avons considéré qu’en générant des flux en centre-ville dans un lieu unique, on génère du dynamisme sur le territoire”, estime l’élu municipal.

Les communes tentent de dynamiser le commerce de proximité

Depuis les années 70, le commerce de proximité affronte la concurrence directe et frontale des hypermarchés et des centres commerciaux. Et les chiffres d’affaires des mastodontes de la distribution ont de quoi faire pâlir : 519M€ de chiffre d’affaires annuel pour la zone commerciale d’Avignon, 312 M€ pour la Castelette, 142 pour Cap Sud, 110 pour Carrefour Courtine ou encore 97 M€ pour Leclerc des Angles. En comparaison, le chiffre d’affaires de l’ensemble des commerces du centre-ville d’Avignon est estimé à 109 M€…

Le Vaucluse (10 383 établissements commerciaux pour 29 810 salariés en 2017) reste le mauvais élève en matière d’équilibre entre les aménagements commerciaux et le petit commerce. Sa densité commerciale est environ de 1455 m2 de grandes et moyennes surfaces pour 1 000 habitants (pour un total de 593, chiffre de 2014). Et plus de la moitié de cette grande distribution est concentrée sur Avignon, Le Pontet et Sorgues. En 2010, déjà, selon un état des lieux de la Direction départementale des territoires, les Vauclusiens disposaient de 20 % de plus de surfaces de supermarchés et d’hypers (pour 1 000 habitants) que les habitants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Réagir

Face à cela, les communes tentent de réagir, aidées par la CCI et l’État à travers notamment le Fisac (fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce), des subventions de fonctionnement (animations commerciales, animateurs de centre-ville, etc.) ou des aides aux projets d’investissement (halles et marchés, équipements professionnels, stationnement, etc.).

La CCI, de son côté, accompagne les collectivités dans la dynamisation de leur commerce, en allant jusqu’à les conseiller pour la définition de périmètres de préemption des fonds de commerce, des fonds artisanaux et des baux commerciaux.

Les communes font feu de tout bois. Avignon, par exemple, a voté un moratoire contre l’extension des grandes surfaces ou encore une taxe sur les commerces vacants. La municipalité avignonnaise a restreint la circulation dans le centre-ville pour créer un intra-muros “apaisé” favorable au commerce, en même temps qu’elle a rénové places (Saint-Didier) et artères (rue de la Bonneterie notamment). À Sorgues, la commune a fait sien le dispositif “Boutique à l’essai” pour prendre en charge partie du loyer d’un commerce dont elle est propriétaire, tout comme Carpentras qui a également multiplié les efforts et les animations en faveur de son coeur de ville.

[…]

Lire l’intégralité de l’article de la Provence

Journaliste : Christian Gravez

Source : La Provence

Copyright Photo : Le maire Pierre Gonzalvez souhaite préserver son centre-ville et ses commerces / Christian Gravez

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