Revue de Presse

Dans la Creuse, un village s’active pour préserver ses petits commerces

Nul besoin de faire plusieurs kilomètres pour acheter son pain quand on est habitant de Bénévent l’Abbaye, petite commune creusoise. Dans cette bourgade de 800 habitants, le commerce de proximité n’est pas mort !

À Bénévent l’Abbaye

Dans la litanie des maux qui affectent les petites communes rurales, la disparition des commerces de proximité occupe une place de choix. Pourtant, échoppes à vendre et rideaux baissés ne sont pas une fatalité. Bénévent l’Abbaye en est le parfait exemple. Les boutiques de l’artère principale du village de 800 habitants, situé dans la Creuse, sont plus vivantes que jamais.

Dès le matin, on peut y observer les actifs qui se pressent en quête d’un paquet de cigarettes et d’une baguette, se mêlant aux retraités – plus oisifs – venus remplir leur cabas d’un morceau de viande et de pain. Il y a tout ce qu’il faut sur place, la quincaillerie, la boucherie-charcuterie, les deux boulangeries, le bar-restaurant qui ne désemplit pas d’ouvriers chaque midi, la banque, «la coiffeuse» comme on dit ici, une pizzeria, et même une brocante. Jusqu’à récemment, la rue était même garnie d’un institut de beauté, qui fermera bientôt ses portes. «Je ne suis pas inquiet, la propriétaire a déjà reçu trois offres de reprise, un opticien, une librairie et un projet de restauration rapide», confie au Figaro André Mavigner, maire de la commune.

Le dynamisme du centre-bourg de Bénévent résulte d’une succession de mesures prises pour préserver le tissu commercial et relancer les boutiques fermées. Dès 1992, la municipalité met en place des mesures de protection du patrimoine. Elle interdit l’utilisation de certains matériaux pour les travaux, réserve des emplacements pour les commerces et limite la prolifération des habitations en centre-bourg au profit des vitrines. Quelques années plus tard, afin d’éclaircir un ensemble bien terne, elle fait appel à l’École d’architecture de Clermont-Ferrand pour établir une palette de couleurs vives, destinées à égayer les façades de la rue commerçante. Les habitants recevant près de 70% de subventions publiques pour repeindre leurs volets, et les artisans environ 50% afin de colorer leurs devantures.

Forte de son Abbaye, classée monument historique depuis 1862, la commune fait ensuite le pari du patrimoine historique. Elle lance des procédures d’appropriation de «biens vacants et sans maître» et utilise des mesures d’urbanisme afin de valoriser les richesses architecturales du village. Ainsi, en 2015, Bénévent devient la première «Petite Cité de Caractère» de Creuse, et même de l’ex-Limousin. Ce label, créé dans les années 70 en Bretagne, vise à favoriser la sauvegarde du patrimoine de petites communes rurales atypiques, afin de mieux l’utiliser pour développer le territoire, notamment en matière de tourisme. «Ce label nous offre une communication régionale et nationale. Par ailleurs, il permet de faire prendre conscience à la population des richesses du village», indique André Mavigner.

Si la commune souhaite s’appuyer sur son patrimoine historique, elle est aussi tournée vers l’avenir. Dans l’un des bâtiments de l’Abbaye, la municipalité a favorisé la création d’une pépinière d’artistes. La petite communauté d’artisans compte dans ses rangs une vitrailliste, un coutelier, un fondeur d’art, un coloriste, des artistes peintres ou encore un céramiste. À terme, l’objectif est de ramener les ateliers dans le centre-bourg. La mairie a entamé le rachat de bâtiments inhabités, notamment dans la rue commerçante, afin d’y installer les artistes. «Nous projetons de créer des espaces ouverts sur la rue et accessibles au public, avec à l’étage des logements à faible consommation énergétique susceptibles d’être loués», explique le maire. «Il faudra soutenir les artistes, ce n’est pas assez le cas aujourd’hui», tempère Bernard Gentil, propriétaire de la brocante du village et candidat aux dernières élections municipales. «Certes, la municipalité a un savoir-faire pour ramener des subventions, mais derrière il faut soutenir les projets», estime-t-il.

[…]

Journaliste :  Louis Delatronchette

Source : Le Figaro

Copyright Photo : Le Figaro/Louis Delatronchette

A propos de l'auteur

Nos articles sur le sujet

Ecrire un commentaire

Ecrire un commentaire

Votre email ne sera pas visible.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.