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Tribunes

Pourquoi (et comment) les pouvoirs publics s’intéressent de plus en plus aux commerces de centres-villes

L’environnement politique a rarement été aussi favorable pour les commerces de proximité. Les pouvoirs publics ont pris conscience de l’urgence pour les commerçants des centres-villes. Voici quelques initiatives qui montrent une nouvelle dynamique.

Pour la première fois, en février 2017, le Ministère de l’Economie a organisé des assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres-villes. A l’occasion de cet événement, le portail internet « Cœur de ville » a été lancé pour mettre en relation tous les acteurs de cette revitalisation. Bercy a aussi souligné l’importance de l’équilibre entre commerces de proximité et zones commerciales ainsi que des politiques d’urbanisme, de transports, de logement et de fiscalité pour dynamiser nos centres-villes. Bref, une vraie vision pour favoriser le commerce de centre-ville !

En fait, depuis quelques mois, les Mairies, Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) et de nombreuses autres institutions publiques ou semi-publiques se sont prises de passion pour… les commerces de proximité ! Il faut dire que l’enjeu est de taille : les 600.000 commerces de proximité de l’Hexagone emploient 1,2 million de salariés tandis que l’artisanat rassemble à lui seul plus de 3 millions d’actifs ! La « première entreprise de France » est aussi celle qui embauche le plus et majoritairement en CDI…

Mais le regain d’intérêt des pouvoirs publics pour les commerces de centres-villes ne s’explique pas seulement par les chiffres. Au delà de l’économie, le commerce de proximité est source de vitalité pour un quartier, une ville, une région, et de qualité de vie pour ses habitants. Un commerce qui ferme (ou qui n’ouvre pas) ce sont des échanges en moins, économiques mais aussi humains. Une ville sans commerce est une ville sans âme. Un scénario catastrophe pour les communes françaises, qui ont toutes un savoir-faire à offrir et qui ne demande qu’à être valorisé. Demandons-nous pourquoi la France reste encore la première destination touristique mondiale. En plus de nos superbes régions, nous avons des commerçants et artisans uniques au monde, qu’ils soient pâtissiers, bouchers, créateurs de mode ou coiffeurs !

La Mairie de Paris, un précurseur toujours à la pointe

Face aux transformations du commerce (la grande distribution puis le e-commerce), la ville de Paris est depuis longtemps l’une des plus actives pour protéger ses commerces de proximité, allant jusqu’à réglementer très strictement l’installation d’hypermarchés (seulement 3 dans toute la capitale !) et préempter des locaux afin d’y installer des petits commerces. Selon Olivia Polski, adjointe à la maire de Paris en charge du commerce et de l’artisanat, il faut maîtriser seulement 5% des locaux d’une rue pour la rendre de nouveau dynamique et attractive.

Dans la capitale, cette mission a été confiée à la Semaest (Société d’économie mixte d’aménagement de l’Est parisien). Expert de la revitalisation commerciale depuis 30 ans, la Semaest vient de voir son mandat renouvelé avec l’attribution du « Contrat Paris Commerces » pour agir sur douze périmètres prioritaires, touchés par la vacance, la mono-activité ou l’absence de commerce de proximité. Pour ce contrat, la Semaest bénéficiera d’un budget de 37 millions d’euros sur 12 ans pour acheter des locaux et aider à l’implantation de 200 commerces.

Pour valoriser et faire rayonner le commerce de proximité, la Mairie de Paris organise aussi régulièrement des événements, comme le prix du goût d’entreprendre, la nuit de la coiffure, ou encore le célèbre prix de la meilleure baguette de Paris ! Et les résultats sont là. Aujourd’hui, Paris compte 62.000 commerces, ce qui en fait la première ville d’Europe en nombre de commerçants et artisans par habitant. On estime que ces boutiques génèrent plus de 300.000 emplois.

De leurs côtés, les CCI de Paris et d’Ile de France ont organisé tout au long du mois de juin une série d’événements sous la bannière #MobilisationCommerce. Au programme : conférences, tables rondes, rencontres entre commerçants et start-up et même un « Hackathon Commerce » ! Élus, associations et fédérations professionnelles, commerçants, habitants, start-up, bailleurs… tous les acteurs du commerce parisien ont travaillé ensemble pour apporter des solutions concrètes aux commerçants.

Des initiatives qui fonctionnent aux quatre coins de la France

Mais il n’y a pas que dans la capitale que le vent souffle dans la bonne direction pour les commerces de proximité ! Il y a un an, en Alsace, dans la vallée de Munster (connue dans le monde entier pour son fromage), l’État et les collectivités locales ont débloqué 1,2 million d’euros pour aider les commerçants à rénover leur boutique, soit une aide comprise entre 8.000 et 75.000 euros pour les cinquante commerçants de la région.

A l’autre bout de la France, avec un taux de vacance commerciale de seulement 5% – la moitié de la moyenne nationale – la ville de Cahors est un autre exemple à suivre. La recette du succès ? Le maire, Jean-Marc Vayssouze-Faure, a une approche globale. Il a lui aussi fait préempter des locaux mais également mis en place un système de navettes vers le centre-ville, installé des parkings à vélo et fait en sorte de conserver la majorité des administrations, équipements sportifs et culturels au cœur de la ville.

De la même façon, la ville d’Arras a lancé un plan complet de redynamisation de son centre-ville, dont l’une des mesures phares consiste à inciter les propriétaires de locaux à baisser drastiquement le prix des loyers. Et ça marche ! En 2017, la vacance commerciale a été ramenée à 8,5%, contre 17,5% en 2016.

Dernière exemple au bord de la Méditerranée, dans la petite ville de Fos-sur-Mer. Chaque année, à Noël, la municipalité offre aux habitants un bon d’achat de 100 d’euros… à dépenser exclusivement dans les commerces de proximité de la ville ! L’opération, baptisée « Je défends ma commune je soutiens mes commerces », a connu un franc succès auprès des 7.000 habitants et des 90 commerçants participants.

A l’échelle nationale ou locale, les initiatives se multiplient en faveur du commerce de proximité. Si les problématiques de revitalisation des villes sont toujours complexes et certaines situations encore difficiles, ces exemples montrent qu’il y a des réponses possibles, à condition d’avoir une vision globale et d’y mettre les moyens. Pour les commerces de proximité et les centres-villes, l’heure est à l’optimisme !

Sources : Ministère de l’Économie et des Finances, Insee, Mairie de Paris, SEMAEST, Caisse des Dépôts

Crédit Photo : Blog Direction centre-ville

Initiatives :

Une enveloppe d’un million d’euros pour rénover les petits commerces de la vallée de Munster, France Bleu

Comment Cahors résiste à la désertification de son centre-ville, Challenges

La ville brique son image en continuant de doper le commerce du centre, La Voix du Nord

Noël : encourager le commerce de proximité, France 2

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4 commentaires

  • Christophe DENNYFRITSCH 26 juillet 2017 at 18 h 56 min

    Bonjour,

    Moi je cherche a ouvrir un commerce ( cave à bière) sur ma ville Aubagne et je n’y arrive pas car pas assez d’apport personnel en étant au chômage avec 137.00 € par mois dite moi comment faire.
    J’ai besoin de 25000.00€

  • Paillard 26 juillet 2017 at 19 h 01 min

    C’est une blague, j’espère !
    Installés dans le nouveau quartier Tolbiac-Bibliothèque,géré par la SEMAPA, nous ne trouvons pas que le petit commerce soit favorisé ! La taille des espaces commerciaux interdit l’implantation de petits magasins, qui attireraient la clientèle.
    La politique anti voitures et anti stationnement de la Ville de Paris empêche les gens de passage ou les acheteurs importants de s’arrêter.
    Ce n’est pas d’événements organisés par la Mairie dont nous avons besoin (ça, nous savons faire) mais d’ailleurs… elle n’en organise pas !
    En 5 ans, j’ai vu deux fois l’établissement voisin du nôtre fermer (liquidation), en attendant notre tour.

  • Jonathan de Petitscommerces 26 juillet 2017 at 19 h 26 min

    Bonjour Christophe,
    Merci pour votre commentaire et bravo pour votre projet ! Tout d’abord, je vous conseille de contacter le service commerce de la Mairie d’Aubagne, pour connaitre les éventuelles aides à l’installation :
    -> http://www.aubagne.fr/fr/services/travailler-entreprendre/commerces.html
    Pour le financement, en dehors bien sûr de votre banque, je vous recommande le financement participatif. Il s’agit de récolter des fonds auprès de votre entourage et de vos futurs clients pour monter votre projet. Ils vous donnent de l’argent en échange d’un petit cadeau une fois la boutique ouverte. Mais pour réussir sa campagne, il faut savoir bien communiquer sur sa future boutique, donc le projet doit être vraiment au point. Le site le plus adapté à votre projet -> http://tudigo.fr (venez de la part de « Petitscommerces »)
    Tenez-nous au courant !

  • Jonathan de Petitscommerces 26 juillet 2017 at 19 h 40 min

    Bonjour et merci pour votre commentaire !
    Tout n’est pas rose, loin de là, mais il y a une vraie dynamique, en particulier à Paris. La situation est malheureusement encore plus compliquée dans les villes moyennes. Je vous recommande de rejoindre le réseau Costo de la SEMAEST, il s’agit d’un réseau de commerçants connectés, à qui la Mairie propose des formations, des services pour vous valoriser (parcours thématiques, articles sur leur site…) et des partenariats avec des start-up…tout cela gratuitement ! Pour s’inscrire -> http://www.costo.paris/costo/

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